PROLOGUE

Il y a très longtemps...

Jaina Solo est assise dans le froid, les genoux repliés contre la poitrine et les bras autour des cuisses pour conserver la chaleur de son corps. Elle a quatorze ans et n’a pas dormi depuis plusieurs jours, car ses ravisseurs allument à intervalles irréguliers une vive lumière dans sa cellule. Elle n’a jamais eu aussi faim et son corps endure les corrections quotidiennes que ses bourreaux appellent « entraînement ». Elle sait ce qu’ils tentent de lui prendre et elle refuse de se rendre. Mais elle est seule, effrayée, elle souffre et sa volonté ne tient qu’à un fil. Encore une raclée, un moment sans dormir, une heure à trembler sur une couchette de duracier et elle risque de lâcher prise. Cette idée la terrorise encore plus que la mort, parce qu’elle signifie qu’elle pliera face à sa peur, qu’elle acceptera sa colère, et qu’elle se tournera vers le Côté Obscur.

Puis la partie de son cœur réservée à son frère commence à se réchauffer et elle sait que Jacen pense à elle. Elle le voit, assis dans sa propre cellule dans une autre roue de la station spatiale, ses cheveux bruns ébouriffés, sa mâchoire crispée et ce point chaud dans son corps qui commence à s’étendre. Elle cesse de trembler, sa faim disparaît et sa peur se mue en détermination.

C’est ce que leur offre leur lien de jumeau : Jaina et Jacen ne sont jamais vraiment seuls. Le lien qu’ils partagent à travers la Force les soutiendra à jamais. Lorsque l’un faiblit, l’autre le renforce. Lorsque l’un a mal, l’autre l’apaise. C’est un lien que rien dans la galaxie ne peut briser, qui est en eux au même titre que la Force.

Jaina met donc de côté son désespoir et se concentre sur son évasion, car lorsque Jacen et elle travaillent ensemble, rien ne leur est impossible. Ils sont sur une station spatiale et ils vont donc devoir voler un appareil. Ils devront trouver un moyen de désactiver le champ magnétique de retenue, peut-être en le sabotant ou en fabriquant une fausse autorisation de décollage. Ils vont donc avoir besoin de temps avant que les gardes ne s’aperçoivent qu’ils sont partis ; d’autant plus qu’ils doivent libérer leur ami Lowbacca avant de s’enfuir.

Le seul moyen d’avoir une idée des heures qui passent dans la cellule est de compter les battements de cœur, mais Jaina est trop occupée à préparer son plan pour y parvenir. Lorsque la place qu’occupe Jacen dans son cœur se met à grandir davantage, elle n’a aucune idée du temps qui s’est écoulé. Mais elle a déjà vécu cette sensation des milliers de fois et elle sait ce qu’elle signifie : son frère arrive.

Le cœur de Jaina commence à tambouriner d’excitation et elle sent bientôt celui de Jacen battre au même rythme. Il est très proche à présent, il descend le couloir qui mène à sa cellule ; et elle ne perçoit aucune présence avec lui. Elle ne veut pas qu’il découvre qu’elle a eu aussi peur – ni qu’elle était si près de craquer – et elle se lance donc dans un exercice de respiration Jedi pour se calmer.

Puis elle le sent à deux cellules de la sienne.

Pas là, idiot, se dit Jaina. Continue d’avancer.

Le cœur de la jeune fille loupe un battement tandis que Jacen hésite ; elle craint que son frère n’ouvre la mauvaise cellule et fasse échouer leur évasion. Elle l’atteint à travers la Force et tente de l’attirer physiquement vers elle puis, quelques instants plus tard, le clavier de contrôle à l’extérieur de sa cellule est actionné.

Jaina pousse un soupir de soulagement, croise les bras sur la poitrine puis s’appuie contre le mur. Elle sait que cela va prendre du temps, car Jacen n’est vraiment pas doué avec les machines.

Pourtant, elle ne sait comment, il désactive l’alarme avant de déverrouiller la cellule puis parvient à ouvrir le cachot sans activer l’intercom relié au centre de contrôle. Enfin, la porte s’ouvre en sifflant et Jaina découvre son frère jumeau qui la regarde d’un air satisfait, arborant le célèbre sourire en coin de leur père.

— Salut Jaina, dit-il. J’ai pensé que tu aimerais...

— Qu’est-ce qui t’a pris aussi longtemps ? demande Jaina en gâchant le plaisir de son frère, lui qui ne cesse de faire des blagues et de lancer des piques qui ne sont jamais drôles. Je t’attendais.

Elle descend de sa couchette puis sort de sa cellule en regardant des deux côtés du couloir à la recherche de gardes ou de la moindre chose suspecte. Jacen n’est pas plus doué pour échafauder des plans que pour réparer des machines, et puisqu’il est parvenu à arriver aussi loin, il est probable que les gardes soient désormais sur ses traces.

Mais la célèbre chance des Solo semble être avec lui aujourd’hui et Jaina remarque que toutes les portes des autres cellules sont fermées. Elle aimerait libérer les prisonniers, mais elle sait qu’il ne vaut mieux pas essayer... Leurs volontés ont déjà été brisées et l’un d’entre eux alerterait à coup sûr les gardes. Elle referme alors simplement sa porte et se penche vers Jacen.

— Et maintenant ? demande-t-elle. Tu as trouvé où était Lowbacca ?

Jacen rougit puis baisse les yeux.

— Pas encore, avoue-t-il. Je me disais que tu devais avoir un plan.

Jaina sourit.

— Bien sûr que j’en ai un, dit-elle. Ne t’ai-je pas dit que je t’attendais ?